Ecrivain privé


Extrait de "Avec le désert pour toile de fond"

Quel plaisir d'enfoncer ses pas dans l'épais tapis de feuilles, en donnant le bras à son père, comme autrefois : voilà ce que se dit Marion, à l'instant même où ils quittèrent le chemin balisé afin de se trouver en parfaite communion mutuelle avec leur forêt. Ils laissèrent de côté le terrain de bosses, arpentées par quelques gamins en V.T.T., avant de pénétrer un peu plus dans les faisceaux de lumière tamisée, prenant naissance au sommet des arbres de plusieurs siècles et venant s'écraser doucement au sol. En approchant de l'étang partiellement gelé, des chevreuils dérangés par leur présence, détalèrent devant eux vers les buissons. Chut ! et ils virent à peine la dizaine de derrières blancs s'éloigner, à toute vitesse... Ils marchèrent ainsi jusqu'à la tombée de la nuit, sans guère se parler. Les mots n'étaient pas nécessaires pour traduire leur bien-être. Puis, l'air se fit de plus en plus glacial, paralysant leurs doigts de mains, pourtant gantés... Il devenait urgent de réintégrer la chaleur du foyer familial. Le vent cinglant avait redonné sa couleur halée au visage de Marion.
La maisonnée était en effervescence quand ils rentrèrent. Les deux tourtereaux, Jérôme, le frère de Marion et Lydie, sa compagne, venaient d'arriver. Estelle, l'aînée des Charpon, était là aussi avec son mari, Pascal et leurs jumelles de six ans, Marine et Armelle. Les jumelles courraient et cherchaient le Père Noël dans toutes les pièces, espérant le surprendre avant minuit. Estelle et Pascal s'attachaient, depuis leur naissance, à différencier leurs deux petites bonnes femmes, brunes aux yeux noirs, coiffées au carré, à l'aide des vêtements. Fort heureusement pour tout le monde, Marine, féminine, préférait les jupes et les robes et, Armelle, garçon manqué, portait le pantalon ; ce qui simplifia beaucoup la vie ! Ainsi, la deuxième, espiègle dans sa salopette de jean, se présenta à Marion :
- Bisous, Marion, je suis laquelle ?
- Eh bien, voyons, je crois que tu es Marine !
- Raté, c'est moi, Marine, et elle, c'est Armelle, s'exclama la première, en se pavanant devant Marion, dans sa jupe de velours noir.
- Peu importe, vous me donnerez, toutes les deux, la même dose de bisous ! renchérit Marion en les entourant chacune d'un bras...
Puis, les deux petites s'échappèrent de nouveau, pleines de vie, au premier étage, pour voir si le Père Noël ne s'y cachait pas. Elles tenaient toutes deux de leur père, très brun aux yeux noirs. Ce dernier s'était établi comme médecin, il y a trois ans, en ville nouvelle. Sa femme, Estelle, aux cheveux longs châtain foncé et aux yeux noisette, était infirmière et aidait son mari à son cabinet afin de rester proche des jumelles. Marion ressemblait comme deux gouttes d'eau à son grand frère chéri, Jérôme, établi comme photographe à Versailles. Malgré les liens d'amitié qui les unissaient depuis leur première année de B.T.S., Marion avait une pointe de jalousie envers Lydie qui lui avait, quelque part, enlevé son meilleur confident. Avec sa superbe chevelure blonde, cette dernière aurait pu faire une jolie hôtesse mais elle était devenue l'assistante de Jérôme pour être bientôt son épouse.
Mr et Mme Charpon rayonnaient de joie, entourés à nouveau de leurs trois enfants pour ce Noël. Seule, Marion n'était pas cette fois-ci, accompagnée et ma foi, cela valait mieux ainsi. Comme dans beaucoup de villages franciliens, la messe de Noël se déroulait maintenant en début de soirée, à 19h. Tout la famille s'y rendrait à l'exception de Pascal qui garderait les jumelles et qui accueillerait ses parents, les Saint-Roch ainsi que les Gauthier, ceux de Lydie.