Ecrivain privé


Couverture et 4ème de couverture
PARU le 14 février 2003 : "EXPLICATION DE TEXTES TRES DIRIGEE" Prix : 8 €

Préface de l'éditeur
, François Baudez - Yvelinédition :
Nous venons de lire un livre qui nous a charmés.Comment ce livre a-t-il été écrit?Nous sommes curieux de le savoir. Nous aimerions surprendre l'écrivain au moment où il travaille, à nous pencher sur la table où il est accoudé, pour lire à mesure les lignes qu'il trace. Sur les écrivains d'autrefois, sur nos grands maîtres classiques du XVII° siècle, nous n'avons que fort peu de détails de ce genre. Aujourd'hui, par le truchement de la télévision, nous avons appris à satisfaire cette curiosité. Emérance Bétis a choisi, avec cet ouvrage, de se révéler davantage à ses lecteurs. Mais, avant de découvrir les ressorts de son inspiration, je vous invite à une petite réflexion littéraire. Emérance Bétis écrit des romans. Le système " romanesque " a été, sinon créé, du moins établi par Balzac. Le principe de base est d'ajouter au récit la profondeur de l'étude psychologique. Dans les années 1950, en réaction au " modèle balzacien ", le Nouveau Roman a supprimé cette épaisseur psychologique, et l'on parlait de style impersonnel, notamment au sujet des livres d'Alain Robe-Grillet. Il y avait, dans ce mouvement, un souci d'objectivité, le désir de ne pas confondre le narrateur et le sujet. Au moins au premier degré.

Ecrire, aujourd'hui, serait donc épouser soit Balzac, soit le Nouveau Roman. Emérance Bétis a choisi d'emprunter une autre voie, déjà tracée par Françoise Sagan. On disait de Françoise Sagan qu'elle surfait sur la Nouvelle Vague, et sa construction romanesque est très proche des films des années 1960 : Truffaut, Chabrol, Vadim et Bonjour Tristesse... Emérance Bétis travaille, dans ses livres, par ce que j'appellerai des " plans séquences ". Les chapitres sont très courts, deux, trois,voire quatre pages, et composent un plan séquence. Unité de lieu, d'action, de pensée... Partant de cette analogie avec la Nouvelle Vague, Le coma du Pavin est une belle construction de" dramatique " de télévision. Pour décrire l'enchevêtrement de la pensée et de la mémoire d'une personne qui a été plongée quelque temps dans le coma, Emérance Bétis alterne, comme dans la Nouvelle Vague du cinéma français, les points de vue de Sylvaine et de son entourage. Il y a une confusion dans l'esprit de l'héroïne, confusion que partagera le lecteur jusqu'à ce qu'il réalise l'état intérieur de Sylvaine. Le chemin d'une fille presque ordinaire, qui réunit deux romans, "Avec le désert pour toile de fond" et L'avènement d'une gazelle, nous transporte aux côtés de Marion, une jeune fille qui entre dans la pleine maturité de l'âge adulte. Des petits plans-séquences nous brossent cette lente transformation. L'émotion est parfois en retrait, surtout devant les embûches de la vie, comme cela est bien souvent le cas dans la vie de tous les jours. En fait, ce livre est une gageure : faire rêver à partir d'éléments ordinaires. Il y parvient par son rythme, par les petites touches successives qu'il apporte au portrait de Marion. Etudiez "Le merveilleux destin d'Amélie Poulain". L'histoire n'est pas extraordinaire, il y a un peu d'humour, mais il n'est pas là pour combler un vide. Non, Amélie Poulain a quelque chose de vivant en elle, à la fois d'extérieur au spectateur, mais aussi d'intérieur. De même, Marion, c'est un peu le lecteur. Même si Emérance Bétis, dans les lignes qui suivent, vous dira que c'est elle, ou en partie elle. Mais une fois le livre terminé, imprimé, broché, ce n'est plus elle. C'est vous. Je me suis demandé si ce n'était pas pour lutter contre la " dépossession " de ses héroïnes qu'Emérance Bétis cherche ici à revendiquer la paternité de ses personnages. Une ancienne série télévisée, Janique Aimée, qui racontait les atermoiements amoureux d'une infirmière, avait tenu en haleine les français.

Il ne s'agit pas de romans " à l'eau de rose ", qui ont leur schéma propre, puisqu'il s'agit de raconter une histoire sentimentale avec dénouement heureux. Marion, au terme des deux romans(le premier écrit par le narrateur, le second par elle-même) se retire, épanouie, pour devenir Ecrivain. (Janique Aimée, elle, abandonne son Vélosolex pour se marier : il y a une petite déchirure qui révèle l'évolution du personnage). Par son style, Emérance Bétis s'inscrit donc dans un courant du Nouveau Roman Sentimental, une aspiration très contemporaine, synthèse de la littérature d'aujourd'hui, pour des lecteurs à la recherche de livres apaisants (même s'il s'agit de coma). Apaisant dans la mesure où les héroïnes d'Emérance Bétis recherchent une certaine paix intérieure qui ne serait pas loin d'une certaine définition du bonheur.